Automne Musical de Spa

Boyan Vodenitcharov, pianoforte

Date

Samedi 13 novembre 2010

Lieu

Le Britannique

Plan d'accès

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Joseph Haydn (1732-1809) et Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : nous voici en présence de deux figures majeures du classicisme viennois le temps d'une soirée dédiée au pianoforte. C'est Bartolomeo Cristofori, un facteur d'instruments italien, qui eut l'idée en 1698 de substituer des marteaux aux sautereaux du clavecin -qui ne permettaient aucune nuance- permettant dorénavant à l'exécutant de jouer doux (piano) et fort (forte). Il créa ainsi un nouvel instrument à clavier le pianoforte, ancêtre du piano moderne. Ce n'est qu'un siècle plus tard - vers 1800 - que celui-ci évince progressivement le clavecin et le clavicorde. Dans le courant du 19e siècle, l'engouement pour le piano dont la mécanique est constamment améliorée par les facteurs d'instruments, réussit à faire disparaître ses ancêtres. Par conséquent, le piano est vite apprécié comme l'instrument le mieux adapté à l'écriture pianistique en constante évolution. Toutefois, dans les années soixante, l'enthousiasme pour la musique ancienne conduit les interprètes à se tourner vers les instruments anciens ou de fidèles copies dans le but d'aborder les oeuvres du passé sur les instruments pour lesquels elles avaient été écrites à l'origine.


Parmi l'abondante production de Joseph Haydn, on compte près de soixante sonates pour clavier, les premières étant manifestement destinées au clavecin. Avec Joseph Haydn, grand admirateur de C.P.E. Bach, et grand représentant de l'Empfindsamkeit (mouvement esthétique basé sur l'expression du sentiment au 18e siècle), la sonate se met au service de la pensée et de l'expression du Romantisme naissant. Les deux sonates proposées pour ce récital font partie de la 3e période de Joseph Haydn caractérisée par un style galant -influencé par Mozart- malgré quelques « crises romantiques ». La Sonate en sol majeur Hob.XVI/40 est la plus connue des trois sonates parues en 1784. Elle se compose de deux mouvements et porte une dédicace à la Princesse Marie Esterhazy, épouse du futur Prince Nicolas II. La sonate débute par un Allegretto innocente à 6/8 proche de la variation et du rondo et présente un caractère pastoral. Le second mouvement un Presto à 4/4 revêt une forme ternaire (lied). La deuxième oeuvre de Haydn, la Sonate en fa majeur Hob. XVI/23 jouée directement après la pause a été écrite composée en 1773 et publiée en 1774. Cette sonate est l'une des plus célèbres et les plus jouées du compositeur viennois. Elle est considérée par les spécialistes parmi les sonates les mieux équilibrées de l'époque marquée par l'explosion romantique du « Sturm und Drang ». Elle débute par un Allegro moderato bien rythmé et se caractérise par des ornements très « rococo » puis fait place à de rapides arpèges chromatiques. L'Adagio en fa mineur à 6/8 évolue dans un climat de douce rêverie romantique. Le Finale Presto est un mouvement vif ponctué de grands sauts mélodiques.


Dans le domaine de la musique pour clavier, l'activité de Mozart se manifeste au cours de son séjour à Paris où le pianoforte commençait à s'imposer dans les milieux bourgeois et cultivés. Il remplace progressivement le clavecin qui subsistera encore longtemps : c'est pourquoi les titres des oeuvres de Mozart mentionnent qu'elles sont destinées « au piano-forte ou au clavecin ».


La Sonate en ut majeur KV 330, écrite en 1778 revêt une grand richesse mélodique et se démarque par son expression. L'Allegro moderato exploite trois sujets mélodiques et se termine dans un climat mélancolique. L'Andante cantabile présente un caractère mélodique d'une grande beauté. Pour conclure l'Allegretto exploite des thèmes multiples.

Et pour terminer ce récital, la Sonate en ré majeur KV 576, écrite à Vienne en 1789, nous fait prendre conscience du grand art mozartien : une oeuvre complexe et difficile d'exécution présentant une apparente simplicité ! Le superbe Allegro fait référence à l'écriture contrapuntique de Bach et Haendel. L'Adagio, quant à lui, se caractérise par un langage très ornementé, basé sur quatre expositions d'un même thème expressif. Le finale, l'Allegretto, est un mouvement qui témoigne d'une maîtrise parfaite des subtilités expressives et harmoniques de ce compositeur dont Haydn était un fervent admirateur.

 

Véronique Wintgens